L’ECO la monnaie ne fait pas encore l’unanimité

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ECO future monnaie de la CEDEAO
Billet de l'ECO projet de monnaie commune de la CEDEAO

Forcée à voir le jour après plusieurs manifestations et médisances au sujet du Franc CFA jugé trop rattaché à l’esprit de la colonisation, l’ECO, la nouvelle appellation de la monnaie censée être plus indépendante, ne fait pas encore l’unanimité chez tous les pays africains concernés.

Le projet de la monnaie unique ECO qui doit marquer, théoriquement, la fin du très contesté FCFA en Afrique de l’Ouest, a été maintes fois reporté, 2009, 2014 et 2015 devenant un sujet récurrent mais auquel personne n’aura jamais vraiment assisté. Ces dernières années, plusieurs mouvements populaires ont poussé les chefs d’État à aborder la question de manière pratique en les poussant à l’adoption de cette nouvelle monnaie, dès 2020.

Une mise en place vieille de 11 ans 

Initié en 2009 par le Ghana, le Nigeria, la Guinée, la Gambie et la Sierra Leone tous membres de la Zone Monétaire Ouest-Africaine (ZMOA), le projet de monnaie unique, se voit approuvé en 2013 par le Liberia et le Cap-Vert suivis par certains pays membres de la CEDEAO, sous la houlette de Kadré Désiré Ouédraogo alors président de la Commission de la CEDEAO. 

Sur le chemin de sa mise en place, le projet connait plusieurs reports : 

  • Le projet était signalé comme étant au point mort en septembre 2014 ;
  • Introduction reportée à janvier 2015 ; 

–      En 2018, les discussions reprennent mais avec la perspective d’un lancement en 2020

Un pas vers la monnaie avec l’adoption du nom « ECO »

Le nom « ECO » est adopté le 29 juin 2019, par les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avec la perspective de l’établir dès 2020. Ensuite, en août 2019 a lieu, en Guinée, la 42e session du Conseil de convergence de la Zone Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO) pour engager les phases préparatoires du lancement de cette future monnaie de l’Afrique de l’Ouest.

La nouvelle gestion et la grande question de l’indépendance monétaire

Comme toutes les autres monnaies, l’ECO est sensé ne pas avoir une relation privilégiée avec l’euro comme auparavant dans la paire Euro-Fr CFA, du moins c’est ce qu’espère les pays de la ZMAO. 

Dans cette nouvelle ère monétaire, les banques centrales devront gérer la totalité de leurs réserves de change. A ce sujet, l’indépendance monétaire, devient un point très important puisque l’un des objectifs de la mise en place de la monnaie commune est de parvenir à ôter le lien colonial entre la France et les pays de la zone francophone. 

La déclaration d’Abidjan et le point d’achoppement 

Le 21 décembre 2019, le Président Ivoirien Alassane Ouattara annonce : «Nous avons décidé une réforme du franc CFA avec trois changements majeurs dont le changement de nom et l’arrêt de la centralisation de 50% des réserves au Trésor français et la fermeture du compte d’opération retrait. Troisièmement le retrait des représentants de la France de tous les organes de décision et de gestion de l’UEMOA », une déclaration qui marque la fin du franc CFA avec un ECO qui sera toujours arrimé à l’euro. Mais la conservation de la parité fixe pose problème. S’il est question d’être indépendant alors aucun lien privilégié ne doit exister avec l’euro et principalement avec la France. 

La parité : elle a fait l’objet il y a quelques années d’importants travaux pour proposer un système de change flexible, ou mieux, ajustables, car fondé sur un index calculé à partir d’un panier de monnaies. Dans la déclaration d’Abidjan, elle est maintenue et gêne les États de la ZMAO et notamment le Nigériaqui a posé des conditions. Ainsi, pour le Nigeria, le Ghana, le Liberia, la Sierra Leone et la Gambie cette action, la déclaration d’Abidjan, « n’est pas conforme » aux décisions de la CEDEAO visant à adopter une monnaie unique pour tous les 15 pays de la région ; ils condamnent cette décision de l’UEMOA qu’ils jugent unilatérale. Renommer le Franc CFA ECO est inapproprié selon eux. 

A propos du Nigéria

Il faut noter que le Nigéria pèse près de 70 % du PIB et 52 % de la population de l’union ce qui en fait le poids lourd de cet ensemble. En intégrant un système monétaire où l’ECO conserve une parité fixe avec l’Euro, le Nigéria viendrai rabaisser les acquis de son Nairadéjà plus fort dans son change flexible avec le dollar américain et par ricochet avec la devise européenne que le rapport Euro/ Fr CFA. 

A propos du Ghana

Dans la conjoncture actuelle de divergence d’opinion entre l’UEMOA et la ZMAO, la déclaration président Ghanéen M. Akufo-Addo faite le 28 décembre 2019 contraste un peu avec l’opinion de ses confrères de la ZMAO. 

En effet, le président ghanéen appelle tous les autres pays de la CEDEAO à s’engager vers l’utilisation de l’ECO : « Nous, au Ghana, sommes déterminés à faire tout ce que nous pourrons pour rejoindre les membres de l’Uemoa, rapidement, dans l’utilisation de l’Eco, qui, nous le croyons, nous aidera à lever les barrières commerciales et monétaires». 

Le non-dit est qu’en cas de ralliement le Ghana deviendrait la première puissance économique de la nouvelle communauté monétaire, devant la Côte d’Ivoire. 

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